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Actualités

  • 20
    Septembre 17

    Édito

    L’impertinence du petit pas de côté qui change la vie!

    Bonjour, ça fait un bail ! Content de vous retrouver ! Je n’avais ni l’envie ni le temps de vous écrire et j’espère que vous allez comprendre pourquoi. En fait depuis mi-juin j’ai vécu deux aventures aussi différentes et contrastées l’une que l’autre, et pour gagner du temps autant que pour dédramatiser l’ambiance un peu plombée de cette rentrée, j ai préparé deux cartes postales. C…

    Bonjour, ça fait un bail ! Content de vous retrouver !
    Je n’avais ni l’envie ni le temps de vous écrire et j’espère que vous allez comprendre pourquoi.
    En fait depuis mi-juin j’ai vécu deux aventures aussi différentes et contrastées l’une que l’autre, et pour gagner du temps autant que pour dédramatiser l’ambiance un peu plombée de cette rentrée, j ai préparé deux cartes postales. Ce format un brin nostalgique oblige à la concision et à une bonne humeur un peu obligatoire. La première s’adresse au personnel de l’hôpital du Vésinet où j’ai séjourné cinq semaines, et la seconde à tous les ami(e)s iranien(ne)s que j’ai quittés il y a à peine une semaine !

    Chers infirmiers et ières, aide soignants et tes !
    Depuis Téhéran où je vous écris, je voulais encore une fois vous remercier pour votre sollicitude et votre simple et humaine attention. Je crois bien que sans vous j’aurais craqué dans cet univers hiérarchisé et quasi militaire ! Je n’ai jamais aimé le regard condescendant des cadres et des grands spécialistes qui vous gouvernent. Je vous félicite de ne pas vous être laissés contaminer par ces regards froids et glacés de ceux qui savent. Je peux comprendre que l’empathie ne peut s’appliquer à tous, mais cela ne coûte rien d’échanger d’égal à égal de temps en temps. Car au final c’est vous le médecin, tous les jours vous êtes en première ligne pour affronter les râles, les angoisses, les plaintes de nous autres patients, pas si patients et insatisfaits ! C’est bien grâce à vos rires, vos chansons, vos poèmes que j’ai tenu le coup. N’ayant pas fait mon service militaire et n’ayant jamais fait de long séjour à l’hôpital, j’ai redécouvert grâce à vous l’impertinence du petit pas de côté qui change la vie ! Dans votre beau bâtiment bonapartiste entouré de roses anciennes magnifiques qui ne font pas illusion, restez vigilants et gardez cette petite étincelle que j’ai vu parfois briller dans vos yeux ! Mille fois merci à tous les proches amis et famille qui ont osé venir me trouver et me réconforter dans cette jolie prison dorée. Ici j ai changé de planète, je sais qu’il faut savoir s’adapter, mais au fond c’est pareil : il y a ceux et celles qui entretiennent la petite flamme derrière le voile au-delà même du machisme vulgaire des mollahs et de l’obscurantisme. Bon vent, j’espère ne plus vous rencontrer au Vésinet mais à la Nef dans le 93 !

    Chers ami(e)s de la Perse !
    Ceci n’est pas une lettre persane mais une simple carte postale! Durant cinq semaines vous m’avez accueilli dans votre magnifique pays. Et me voilà ici dans ma manufacture d’utopies en banlieue à grignoter des pistaches. Pas facile de descendre du tapis volant ! Avec Ludmila ma fille, vous m’avez fait découvrir les milles et une merveilles de Kashan, d’Hispahan, de Shiraz, Persépolis et de Yazd. Il va nous falloir un peu de temps pour distiller tous ces parfums et ces couleurs ! Pour vous l’étranger est un véritable hôte et c’est ainsi qu’on peut se sentir chez soi dans un pays où on ne comprend rien : ni la langue, ni les us et coutumes, et où en pleine répétition la porte s’ouvre pour offrir à tout le monde un plateau de thé fumant ! Très vite tu comprends qu’il faut renoncer à tes petits principes cartésiens, qu’il faut suivre le mouvement et que ça ne sert à rien de s y opposer. Il n’y a aucune censure bien sûr en Iran, mais très vite on te fait comprendre que c’est beaucoup mieux de retarder la création pour des raisons de calendrier de fête religieuse, et que c’est dans l’intérêt même du spectacle (si on veut que la musique ne soit pas que traditionnelle, et si on souhaite que les filles puissent danser, etc.). Tout est ambivalent et paradoxal, et c’est grâce à vous que j’ai compris que l’enluminure est aussi l’art du contournement. Depuis tout petits vous êtes rompus à l’art de l’évitement et cela donne des esprits toujours en alerte et très créatifs ! De plus, mais faut-il le préciser, ceci n’a rien à voir avec de l’hypocrisie ou un faux semblant quelconque, c’est avec fermeté et une désinvolture non feinte que toutes les filles mettent avec cette étincelle dans l’oeil leur voile obligatoire. D’ailleurs c’est vous qui sous peu allez faire tomber le voile de cette jeune république non islamiste. Vous prendrez le temps de le faire mais c’est inéluctable, le peuple d’Iran prépare son réveil, il sera féminin (tiens je venais d’écrire qu’il était en marche, pourquoi ai-je changé ?) En tout cas l’écart entre le dirigeant imamesque qui vous gouverne (ou qui croit le faire) et vous même se creuse tous les jours. Non seulement vous avez du gaz et du pétrole, mais aussi des idées d’équilibre entre la tradition et la modernité, et votre rapport à la fabuleuse richesse du patrimoine me passionne ! En tout cas j’espère vous revoir en décembre pour finir la création. Je vous envoie des bises utopiesques.
    Jean-Louis Heckel, 19 septembre 2017

  • 30
    Mai 17

    Édito

    La marionnette est un art trop léger pour ne pas le prendre au sérieux !

    Il l’a fait ! D’un pas martial et sûr, il a traversé la cours Napoléon ! Mais pourquoi je n’ai pas eu envie à mon tour de foncer au Louvre et d’agiter le petit drapeau bleu blanc et rouge ? Bien sûr, j’étais content de l’écart conséquent avec la pythie décolorée qui a le grand mérite de me mettre dans une agitation féroce lorsqu’elle évoque la France ap…

    Il l’a fait ! D’un pas martial et sûr, il a traversé la cours Napoléon !
    Mais pourquoi je n’ai pas eu envie à mon tour de foncer au Louvre et d’agiter le petit drapeau bleu blanc et rouge ? Bien sûr, j’étais content de l’écart conséquent avec la pythie décolorée qui a le grand mérite de me mettre dans une agitation féroce lorsqu’elle évoque la France apaisée. Comme beaucoup, j’ai voté utile et contre alors que je m’étais promis de ne plus le faire. Mais la peur de la dragonne qui crache du venin m’a convaincu. Et voilà que plus d’un roi nous avons un empereur ! C’est quoi le signal, c’est Waterloo ou Austerlitz ? Peut-être n’avions-nous pas vu que l’extrême centre était en train d’éclore sous nos yeux ? Et puis ça veut dire quoi de fêter sa victoire au carré du Louvre si ce n’est que ce dernier se trouve entre la Bastille ou République, tous deux emblématiques de la gauche, et place de la Concorde où Chirac et Sarkozy avaient célébré leur grandeur et leur décadence ?
    Je suis pour la nouvelle génération et la parité absolue, mais la nouveauté n’aurait-elle pas été d’élire une femme présidente et de n’accepter au Parlement aucun député ayant déjà servi ? Et la Sixième République ? Et le vote proportionnel ? La reconnaissance du vote blanc et du vote des immigrés ?
    J’ai décidé de faire confiance à notre nouveau Président pour avoir une forme de cohérence et être lanceur d’alerte au cas où le petit aiglon deviendrait vautour.

    Et puis il ne manque que la barbe à notre insoumis national pour être un Fidel Castro dogmatique et ennuyeux ! Dommage, car c’est son programme que je trouve le plus substantiel et progressif.
    Quand vont-ils donc comprendre ces figures clonées et hologrammées qu’on ne vote pas pour eux mais pour ce qu’ils représentent et incarnent ? Il n’y a pas plus triste que toutes ces têtes relookées, reliftées, photoshoppées, collées sur les panneaux électoraux. “Des clowns, des marionnettes !” j’entendais l’autre jour en faisant mon devoir de citoyen. Et voilà nous y sommes ! Qui manipule qui et pour quelle cause ? Il est de bon ton de dire que nous sommes tous la marionnette de quelqu’un. À propos de notre art, ce ton sarcastique et condescendant me hérisse souvent le poil. Il est à la mesure de la façon dont les politiques et les médias ont traité l’art et la culture durant cette campagne.

    Frères humains qui vous prenez pour des grands penseurs et qui vous vous posez comme nos guides éclairés, un peu d’humilité que diable ! Sentez le fil qui vous tire au milieu du dos, lâchez les bras et les épaules, ayez la sensation d’être tiré par le haut. Et si il y en a un qui coupe la ficelle essayez de voir celui qui a encore les ciseaux dans la main pour lui couper à son tour la chique et lui enlever son contrôle !

    La marionnette est un art trop léger pour ne pas le prendre sérieux ! Elle est une métaphore poétique et est par nature politique puisque elle est décalée et pose questions sur le sens de l’inanimé. Et c’est bien nous qui décidons de donner une âme à une forme ou à un objet. Comme le suggère Kleist, elle a le sens de la gravité. Voilà pourquoi Hélène Viaux (dans Max Gericke ou pareille au même) anime les mannequins en les effleurant même si il n y a pas de manipulation directe. Merci à tous ceux qui nous soutiennent dans cette aventure singulière, nous en avons besoin ! Avec l’équipe de La Nef nous assumons le choix d’une dramaturgie exigeante à la recherche d’un sens en questionnement permanent.

    Je ne vais pas me faire des amis mais je trouve souvent léger et même parfois absent le contenu des certains spectacles de la Biennale internationale des arts de la marionnette qui est encore en cours. Le propos et la forme sont alléchants et puis ça retombe par manque d’une écriture véritable. C’est ce que j’appelle des spectacles FBI ou Fausses Bonnes Idées. Camarades artistes, nous avons une grande responsabilité car nous avons le privilège de raconter des histoires, de la mythologie au fait divers nous ne sommes constitués que de ça.

    Le 11 juin lors des portes ouvertes de La Nef nous présenterons un état des lieux des chantiers et appels à tes mains mais aussi des projets personnels des artistes rencontrés lors de cette première ébauche d’une écriture en mouvement. Et puis nous sommes plus que ravis et enchantés de vous proposer de venir le 16 juin au Théâtre de Verdure - Murs à Pêches de la Girandole à Montreuil passer une soirée sous les étoiles et dans la verdure avec nos stars de la saison à découvrir. Vous serez damnés par Luciano qui tous les ans incarne Dieu en personne si vous ne venez pas gouter les pêchés de La Nef !

    Un nouveau site est lancé, merci à Sarah et Julien d’avoir œuvré de très nombreuses semaines là dessus ! Merci d’avance pour vos retours et vos critiques.
    Et puis Solène qui s’occupe de la diffusion et de la production arrive avec son rire et son sérieux, Angela avec qui on collabore depuis 4 ans a décidé de mettre ses compétences au service d’autres projets. N’ayant rien à lui reprocher j’en suis d’autant plus attristé mais c’est vrai que la vie est aussi faite de séparations ! Quand des collaborateurs vous quittent heureux et fiers du travail accompli c’est un peu juste et un peu moins difficile. Bon vent et mille mercis à toi Angela.

    Jean-Louis Heckel
    23 mai 2017