Il est l'heure de s'enivrer

DU TEXTE AU JEU THÉÂTRAL

Stage dirigé par Claude Brozzoni

  • Du
    21
    Octobre 19
    Au
    01
    Novembre 19

Il est l'heure de s'enivrer

Stage dirigé par Claude Brozzoni

DU 21 OCTOBRE AU 1ER NOVEMBRE 2019 (SAUF SAMEDI ET DIMANCHE)
De 10h à 18h - 10 jours - 70h


Public : Professionnels et amateurs confirmés
Financement : Possibilité de financement AFDAS (ou autre) à titre individuel, pour le tarif nous contacter.
Renseignements et inscriptions : formations@la-nef.org - 01 41 50 07 20

Stage dirigé par Claude Brozzoni


Ce stage s’adresse à tout-te comédien-ne ou marionnettiste désireux-se d’aborder le travail du jeu théâtral par l’apprentissage du texte.
Mon travail mêle burlesque, tragédie et musique. Il se concentre sur l’incarnation du texte et sa profération. Il ne part pas du jeu de l’acteur, mais de la réalité du texte. Comme pour un musicien, l’acteur doit partir de sa partition, de la lecture physique, de la diction, dans le respect des ponctuations qui donnent le sens du texte, pour atteindre son interprétation finale. Cette précision inscrit le texte dans son corps et son souffle et le conduit à l’évidence du « jeu/je ».
De cette exigence très physique naît un «personnage/évident». Il permet au spectateur d’entendre le texte dans toute la dextérité du jeu théâtral. Ce travail donne à l’acteur une très grande liberté et jouissance.


Programme pédagogique

Pour faire théâtre, il faut lire, lire, relire le texte, et encore et encore, puis le dire et le jouer.


Lire pour la scène est souvent une expérience surprenante.
Bien avant de comprendre un texte, ses enjeux, d’arriver à son incarnation, nous
assistons souvent à des lectures dans lesquelles les acteurs se prennent tout de
suite au jeu de l’interprétation. Ces lectures, parfois « savoureuses », éloignent de la signification profonde du verbe écrit et posé sur le papier par l’auteur, et du même coup l’éloignent de la représentation : la parole doit rester le centre du geste théâtral pour ne pas devenir un texte mis en scène avec les artifices du jeu et les modes du moment.


Le texte est vivant, il agit à travers le corps et la voix de l’acteur.
Le texte a une vie propre qui nous échappe, un sens, un rythme, un souffle qui s’offre à nous si nous nous donnons à lui.
Selon notre comportement ou nos craintes lui se donne ou se refuse.
Lire un texte et l’interpréter est souvent un acte d’humilité car le verbe est toujours le maître de la représentation.
C’est à travers cette humilité que le geste théâtral naît et s’avère parfois grandiose.
Le texte est à lui seul le maître du plateau, il oriente tout et nous n’en sommes que les serviteurs.
En acceptant le temps de la lecture, de celui de son apprentissage, de vivre dans la
confiance et la patience de sa révélation, dans ce long processus de découverte,
petit à petit il devient notre ami, nous livre ses secrets, éclaire notre chemin pour
nous mener à la représentation.

Nous devons mettre en travail un long processus charnel et spirituel, une alchimie entre l’effort et la légèreté, le tumultueux et le silencieux, pour aboutir à une véritable incarnation.
Avec le texte rien n’est jamais urgent, il se donne toujours à sa vitesse, parfois celle de l’escargot, mais il se donne toujours à temps.
Dans la confiance que l’on peut apporter à sa découverte, il nous dirige toujours vers un inconnu qui dépasse de loin notre première attente.


A l’origine le théâtre n’a pas pour but de représenter la vie quotidienne mais de nous faire aborder les territoires mystérieux de notre être, de nous mettre en relation avec l’indicible. C’est pour cela qu’il a cette capacité à toucher nos blessures profondes et parfois à les guérir.


Ma méthode
Chez moi, le texte devient souvent une parole proférée qui est très proche du JE et conduit au JEU, mais pour cela il ne faut pas jouer uniquement mais « simplement » être et être vraiment là. Mon travail ne part donc pas du jeu de l’acteur, mais de la réalité du texte, qui comme une partition pour un musicien a ses règles propres. Il ne consiste pas en un travail dramaturgique à la table, ni à une explication de texte.


Dans un premier temps et pendant une période assez longue, selon les
connaissances de chacun, toute interprétation, ou évocation d’un sentiment sont
exclues, car elles donnent souvent lieu à des tics de jeu, des habitudes qui
empêchent une liberté totale d’interprétation, et donc l’expression profonde du texte et de son être.
Ce travail passe donc d’abord par la lecture toute simple, en suivant ses règles,
c’est-à-dire le respect et l’apprentissage des ponctuations qui donnent le sens du
texte, ainsi que la suppression des élisions et des liaisons qui de nos jours sont très nombreuses et ôtent aux mots leurs valeurs.
Le travail de la diction est essentiel.
Je ne crois pas que la parole au théâtre ressemble à celle du quotidien, elle est une
langue à part qui peut se situer entre la parole et le chant, même si elle se doit
nécessairement d’être concrète, audible et compréhensible par celui ou ceux qui
écoutent.
C’est dans cette phase de travail que je recherche l’authenticité du dire, la vérité des
mots, c’est-à-dire à entendre et à croire que les mots et les phrases prononcés sont
ceux de l’acteur qui à ce moment-là ne joue pas encore, ce qui me conduit souvent à dire Je n’y crois pas.


Puis vient le travail du souffle.
Nous passons à une phase plus physique, mais toujours très technique, qui se réalise au pupitre de musicien, debout.
J’aime bien que l’acteur prenne son temps entre chaque ponctuation, pour prendre
son souffle avant de donner sa phrase ou la suite de sa phrase, même si les
segments de phrases sont très courts. Même si l’acteur doit simplement dire un Oui,
ou un Non, ou un Ah, il doit prendre sa respiration.
Ceci participe aussi au rythme du texte.
C’est dans ce travail du souffle, de sa tenue, de sa linéarité, et de son énergie
continue, qui ne tombe pas, que le sens du texte est porté dans une continuité.

C’est en prenant le temps, en répétant autant qu’il le faut ce travail, que le texte
s’inscrit dans le corps de l’acteur et se fait sien.


C’est ainsi que le texte s’incarne en l’acteur et que, depuis le JE de l’acteur, il le
guide à son JEU, qui devient tout d’un coup évident, comme si la parole théâtrale
était vraiment issue du cœur et de la pensée de l’acteur.
Il reste ensuite à travailler la vélocité, la dextérité et la profération du texte, en
supprimant ces temps devenus superflus, mais qui restent gravés dans l’énonciation du texte, comme une âme, comme l’esquisse derrière la peinture.


Ainsi l’acteur devient un interprète soliste libre…
Comme le musicien, il peut s’appuyer sur une base très solide, bornée par de très
nombreux repères, et laisser ensuite parler son être et aussi, parfois, la grâce qui
s’exprime soudainement dans une liberté immense.
Au théâtre, la seule vérité qui puisse relier un metteur en scène à un ou plusieurs
comédiens, à un musicien, un scénographe, à des techniciens, se trouve dans le
texte, surtout pour les grands textes.


Nous travaillerons sur des extraits de textes de :

  • La Genèse,
  • L’Odyssée de Homère,
  • L’Énéide de Virgile,
  • La Divine Comédie de Dante,


  • Ce travail est semblable à celui du laboureur qui travaille sa terre, la laboure,
    l’ensemence, la retourne et attend que les grains de blé germent pour donner des
    milliers d’épis, un champ de blé, des millions de grains et qui ensuite, transformés en farine, donnent le pain qui nourrit les hommes.


    Planning d’une journée type
    10h - 10h30  : Échange entre les participants et moi-même
    11h30 - 13h  : Lecture mise en espace
    13h – 14h : Repas
    14h - 17h  : Lecture mise en espace
    17h – 17h30 : Échange entre les participants et moi-même


    Évaluation pédagogique 
    Chaque matin et en fin de journée, un temps d’échange est prévu entre les stagiaires
    et le metteur en scène, afin de répondre aux questions suscitées par le travail et faire en sorte que tout le monde soit sur le même plan de travail et de réflexion.
    A la fin de ces deux semaines de travail et d’investigation, nous présenterons ces
    lectures, individualisées mais aussi collectives, dans une forme frontale aux
    personnes que le théâtre de Pantin, les stagiaires et nous-mêmes convierons.
    Supports fournis aux stagiaires : Textes

    Claude Brozzoni

    Claude Brozzoni est fils d’ouvriers. Il fait des études d’électronique. En 1976, il rencontre pour la première fois le théâtre. C’est un choc qui va bouleverser sa vie. Il quitte tout pour suivre, pendant huit ans, un plasticien metteur en scène, Jacques Quoëx, et une communauté avec qui il fonde la Kompagnie du Karton Pâte. Tous travaillent sur des pièces écrites collectivement. Durant toutes ces années, il réalise les décors, les lumières, le travail de son, et découvre la direction d’acteurs. De 1982 à 1984, il travaille au Théâtre d’Annecy, comme machiniste de plateau et électricien, apprenant ainsi les techniques de la scène. Au cours de ces deux années, il découvre le travail d’Alain Françon qui le marquera par sa grande exigence artistique. En 1984, il suit un parcours plus personnel. Il se forme comme acteur et joue chez d’autres metteurs en scène, montant bientôt ses propres spectacles. Il crée en 1985 la CIE BROZZONI-PICCAMIGLIO. Cette compagnie fait suite à sa rencontre avec un jeune auteur, Robert Piccamiglio. Il met en scène Dominique Vallon dans deux de ses textes. Sa formation sur le terrain, son rapport au décor, à la lumière, au son et son rejet d’une certaine froideur du théâtre des années 80 lui font prendre le chemin de la mise en scène.