Actualités

  • 31
    Août 18

    Édito

    Une nouvelle saison d'utopies !

    Retrouvez les événements qui ponctueront le premier trimestre de cette nouvelle saison la-nef.org/creations/residences Si vous souhaitez vous former aux arts de la marionnettes jetez un oeil ici la-nef.org/transmissions/stages Au plaisir de vous retrouver le 2 septembre pour le premier rendez-vous de la saison la-nef.org/le-lieu/rendez-vous/kabaret-p-o-p Bel été à vous !

    Retrouvez les événements qui ponctueront le premier trimestre de cette nouvelle saison la-nef.org/creations/residences

    Si vous souhaitez vous former aux arts de la marionnettes jetez un oeil ici la-nef.org/transmissions/stages

    Au plaisir de vous retrouver le 2 septembre pour le premier rendez-vous de la saison la-nef.org/le-lieu/rendez-vous/kabaret-p-o-p

    Bel été à vous !

  • 30
    Novembre 18

    Édito

    Nous allons réanimer la matière : les objets ont une âme!

    Dans l’humeur pluvieuse et triste de l’automne, c’est le choix des couleurs ! Es-tu gilet jaune, bonnet rouge, ou es-tu violet ? Sommes-nous en mesure de vraiment choisir ? Tout semble conditionné, manipulé. Nous cherchons désespérément des slogans, des références historiques auxquelles nous raccrocher, tandis que l’homme le plus puissant de la planète gouverne par tweet. Pour qui se prend-il pou…

    Dans l’humeur pluvieuse et triste de l’automne, c’est le choix des couleurs ! Es-tu gilet jaune, bonnet rouge, ou es-tu violet ? Sommes-nous en mesure de vraiment choisir ? Tout semble conditionné, manipulé. Nous cherchons désespérément des slogans, des références historiques auxquelles nous raccrocher, tandis que l’homme le plus puissant de la planète gouverne par tweet. Pour qui se prend-il pour rivaliser avec les pépiements des vrais oiseaux ?

    L’excès est partout. Il y a trop de surfaces commerciales, trop de voitures, trop de livres édités (700 publications lors de la dernière rentrée littéraire). On dirait que tout est fait pour nous donner l’impossibilité d’effectuer des choix véritables. Un sentiment de ras-le-bol, de trop plein empêche la distance, la réflexion et l’échange. Et pourtant il y a des auteurs, des dramaturges, des chorégraphes exceptionnels en ce moment.
    Que faire de toutes ces énergies ? A la Nef, nous avons à faire le choix entre 80 propositions de résidence pour la saison prochaine. Pour les projets à venir, nos choix seront radicaux, et je ne vais pas me faire que des amis.
    Je voudrais vous redire, utilisateurs de la Nef, qu’il y a toute l’année une équipe disponible, à l’écoute, et qui travaille, malgré les défauts de financement, à vous offrir un maximum de confort pour les créations. Je voudrais également vous redire que l’ensemble des activités, des résidences, des formations et des actions artistiques est constitué pour le bien commun. Si j’insiste là-dessus, c’est parce qu’il me semble que les nouvelles générations, bien que talentueuses, ont peu le sens du collectif. Elles sont frappées du syndrome du kleenex : prendre et jeter.

    L’omniscience, l’omnipotence, le règne absolu de la subjectivité a gagné depuis la chute du mur de Berlin, en 1989. En fait, ce qui nous manque le plus est le rêve. Nous ne rêvons plus, nous ne transcendons plus. La faillite de la culture est patente. L’écologie s’en sort un peu mieux, mais peut-on parler de transition écologique à la culture ? Est-ce que le développement durable a un sens artistique ?
    En 2003, lors la dernière grève des intermittents du spectacle, on ne parlait absolument pas de culture, on parlait de statut, de catégorie. Je me souviens d’Ariane Mnouchkine qui s’était faite insulter au festival d’Avignon, alors qu’elle appelait les artistes à remettre la question de l’art au centre du débat. Pas facile d’être hors norme et hors catégorie.

    Porte de la Chapelle, à trois kilomètres de la Nef : c’est l’Enfer. Les damnés de la terre sont là. Et nous à côté, passons nos énergies à faire des créations.
    Comment résister à l’anesthésie générale ? Le mouvement des plaques tectoniques du nationalisme et du libéralisme triomphant entraînent la dérive des continents. La méfiance et l’individualisme se généralisent au mépris de l’humanisme. Le glissement vers l’extrême droite s’opère. Le désastre est imminent. Il est écologique certes, mais avant tout culturel. Où avons-nous failli ? Qu’avons-nous fait des figures tutélaires de la décentralisation ? Des Malraux, des Vilar, de tous ces pionniers-là. Au passage, petit coup de chapeau à Alain Léonard, créateur du festival Off, qui vient de nous quitter.
    Arrêtons de croire à l’ordre providentiel, au guide suprême, au système pyramidal. Si nous remettons au centre du débat notre relation à la créativité, à l’imagination et au bien commun qui nous dépasse, nous déboucherons sur un nouvel ordre où les gens pourront se sentir respectés et entendus. Il faut savoir remettre en question la démocratie. Elle a fait faillite. Il nous faut la réinventer.
    Nous allons réanimer la matière : les objets ont une âme. Je ne veux plus être la marionnette de qui que ce soit, en tout cas pas selon le sens péjoratif que donnent les politiques à cette expression.

    Il y 12 ans, j’avais annoncé que la Nef serait un lieu de résistance. Plus que jamais, nous y sommes.
    Quelle que soit la forme utilisée, vous disposez de dix minutes pour venir exprimer votre refus de ces dérives au cabaret de la Nef, tous les premiers dimanches du mois.
    La Nef n’a jamais aussi bien portée son nom : manufacture d’utopie. Elle n’existera que si vous, public, artistes, y mettez du votre. Nous sommes toujours à la recherche de bénévoles et d’avis bienveillants sur notre fonctionnement.

    Je n’ai jamais pris beaucoup le temps de militer, ni dans les manifestations, ni au sein des partis politiques, et très souvent, je m’interroge sur ma non-action dans ce domaine-là. Politiquement, c’est lorsque je dirige Marie-Pascale Grenier pour les répétitions de LA PLUIE, lorsque je vois jouer Serge De Laubier et son méta-instrument, lorsque je vois Ilka Schonbein manipuler son grillon, que je me sens à ma place. Dans toute ma « carrière professionnelle », j’ai essayé de lier intimement mon métier et mes engagements.
    Vos retours et vos applaudissements ont souvent été le seul repère, la seule évaluation, quant à la place de la Nef dans la société. Une forme de succès autorise la légitimité, mais désormais cela ne suffit plus, et je pense vraiment que la culture a failli. Nous n’avons pas réussi à communiquer notre sidération et notre émerveillement.
    L’importance capitale de refaire le travail dans les écoles, de rendre accessible le meilleur à tous, de jouer dans des endroits non-conventionnels, hors des scènes-battues, doit rester dans nos priorités quotidiennes. Il n’y aura jamais à la Nef de politique vers le public, de stratégie de communication. C’est à nous, les artistes, d’être au plus près de vos préoccupations et de vous laisser entrevoir dans ce moment suspendu qu’est le théâtre une façon de vous reconnaître et de découvrir de nouvelles perspectives.
    N’édulcorons rien. Restons dans l’artisanat, soyons nous-même. Je ne me vois pas aller dans les manifs avec ce genre de slogans, et pourtant, voilà ma feuille de route politique !

    Jean-Louis Heckel, décembre 2018

  • 17
    Septembre 18

    Événements

    De la création, de la création : rien que de la création.

    Comme un grand troupeau affolé, tout le monde revient au bercail, bronzé, détendu, et moi je ne suis pas parti. Pour la première fois depuis très longtemps, je suis resté à Pantin au mois d’août, pour essayer de distiller l’effervescence et l’activisme du passé. Fin juillet, après un passage un peu obligé au festival d’Avignon, je me suis rendu en Alsace pour assister à un mariage folklorique qui a lieu tous les ans…

    Comme un grand troupeau affolé, tout le monde revient au bercail, bronzé, détendu, et moi je ne suis pas parti. Pour la première fois depuis très longtemps, je suis resté à Pantin au mois d’août, pour essayer de distiller l’effervescence et l’activisme du passé.
    Fin juillet, après un passage un peu obligé au festival d’Avignon, je me suis rendu en Alsace pour assister à un mariage folklorique qui a lieu tous les ans dans un charmant petit village près de chez moi. J’ai adoré le contraste entre le brassage avignonnais et l’épure de la tradition alsacienne. Au milieu des flonflons et de la bonne tradition culinaire, pas une seule peau n’était noire ou métissée. Et ils en sont très fiers. Ils sont riches, conservateurs, et pour eux l’avenir est tranquille, rien ne risque de troubler leur sérénité. Moi aussi je me sens là-bas un imbécile heureux né quelque part, comme dirait Brassens. Il ne faut pas aller bien loin pour comprendre, à l’image de ce petit village, que la France rurale reste profondément et avant tout attachée à ses traditions. Après cela, il faut plusieurs fois reprendre la ligne de métro numéro 5 vers Bobigny pour faire un petit retour sur terre.

    Comme beaucoup d’entre vous, je me sens désarmé politiquement et ne sais plus par quel bout prendre les choses, si ce n’est que je sais qu’il n’y a plus de bout. Là, je vous écris sous le coup de la démission de Nicolas Hulot. Le scandale médiatique qu’il cause me hérisse le poil, bien plus que l’intégrité de cet homme, qui par ailleurs me pose question. En ce qui me concerne, la main-mise des grands lobbies sur Facebook et les réseaux sociaux m’inquiète beaucoup plus que les petits atermoiements franco-français.
    Nos croyances idéologiques sont tombées avec la chute du mur de Berlin. La seule alternative politique étant la décroissance et une nouvelle démocratie participative, nous sommes loin du compte. Et pourtant il faut continuer à se battre politiquement et poétiquement. Alors continuons à aller joyeusement dans le mur, ou bien, comme le disait Gébé dans L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste.

    Beaucoup d’entre vous cet été on été très étonnés de me voir plié en deux, ayant du mal à me déplacer, le visage souvent un peu crispé. Merci à tout ceux qui, au passage, m’ont donné un petit coup de main. J’ai du mal à étirer ma colonne vertébrale, à me tenir et marcher droit, mais rassurez-vous, j’ai appris à faire les choses de façon beaucoup plus lente, à prévoir et à prendre mon mal en patience : plus que jamais, la vie et la lutte continuent. Certes, il faut déléguer, certes je vais prendre plus le temps de voir les gens que j’aime (notamment mes deux petites filles puisque je suis grand-père à nouveau, depuis juillet), mais il n’est pas question d’être en retraite. Après tout, toute ma vie, j’ai choisi ce que j’avais envie et besoin de faire. Il est hors de question d’abandonner le navire en pleine mer. Envolée lyrique…

    Après une année de turbulences, la Nef retrouve une administratrice à plein temps, ainsi que notre chargée de projet et des relations publiques qui reprend son poste après avoir fait un jolie bébé. Marie et Chloé s’en vont. Elles ont assuré l’intérim avec brio, malgré leur jeune âge et leur peu d’expérience.
    La saison qui s’annonce est riche, peut-être même trop riche, de sens et de formes nouvelles.
    Dans notre petit bateau de la Nef, je sens et je sais que nous sommes au bon endroit. Souples et opérationnels, nous sommes en mesure de remonter les courants des autoroutes maritimes.

    L’été 18 sera marqué pour moi par le départ précipité de deux êtres chers. Catherine Hospitel, plasticienne et scénographe, collaboratrice de Serge Delaubier depuis une vingtaine d’années, et participante active de notre dernière création reprise en janvier, Le doux, le caché et le ravissement, nous a fait une sortie de route imprévue en juillet. Fin août, Margareta Nigulescu, créatrice de l’institut international de marionnette et de l’école de l’ESNAM à Charleville-Mezières, nous a quitté d’une façon plus prévisible, à l’âge de 92 ans. Ces deux figures tutélaires qui avaient toujours privilégié le choix artistique dans leur carrière vont nous manquer. Tout le long de la saison, nous leur dédierons les créations en devenir, car après tout, si elles existent aujourd’hui, c’est grâce à leur regard bienveillant et généreux.
    De la création, de la création : rien que de la création.

    Et pour finir cet édito sur une note plus joyeuse, je tenais à vous annoncer que désormais, à la Nef, nous avons un cuisinier, Pierre-Etienne, qui va nous sustenter et nous régaler pour toujours plus de convivialité et de rencontres, qu’on se le dise.
    Venez nombreux déguster aussi bien les bons plats que les bonnes créations.

    Jean-Louis Heckel